TÉMOIGNAGE — Ils sont devenus familiers sur les routes françaises, mais ceux qui les conduisent restent largement dans l’ombre. Un ancien conducteur de voiture-radar privée a accepté de raconter, anonymement, plusieurs mois passés au volant de l’un de ces véhicules. Longues journées, horaires variables, nuits, dimanches et jours fériés : il décrit un métier aux contraintes importantes, malgré une rémunération qu’il juge intéressante.

On connaît les voitures-radars. On connaît beaucoup moins ceux qui sont derrière le volant.

À la suite de nos échanges consacrés aux voitures-radars privées, un ancien conducteur a accepté de témoigner anonymement sur son expérience. Un récit qui permet de découvrir une autre facette de ces véhicules, habituellement abordés sous le seul angle du contrôle de la vitesse.

Et son premier constat est sans ambiguïté : les journées peuvent être longues.

Jusqu’à 11 heures de conduite

Selon son expérience, une journée de travail pouvait représenter entre 8 et 11 heures de conduite, de jour comme de nuit. Il indique que les journées étaient ponctuées de 15 minutes de pause toutes les deux heures, auxquelles s’ajoutait une pause repas de 30 minutes. Mais au-delà du temps passé au volant, c’est surtout l’organisation des horaires qui semble l’avoir marqué.

« Jamais le même planning », résume-t-il.

Les prises de service pouvaient commencer à 8 heures, mais aussi à 11 heures. Des services de nuit étaient également prévus, tout comme des journées travaillées le dimanche ou les jours fériés. Selon lui, ces créneaux n’étaient pas choisis librement : lorsqu’ils figuraient au planning, il était impossible de les refuser.

Un planning connu seulement quinze jours à l’avance

Autre particularité de cette organisation : la faible visibilité sur les horaires.

L’ancien conducteur explique que son planning était communiqué seulement quinze jours à l’avance. Il décrit une organisation « très rigide », qui laissait peu de place à l’improvisation ou aux changements. Et même lorsque le jour de travail était connu, le parcours précis ne l’était pas forcément.

Selon lui, l’itinéraire était indiqué dans le GPS et pouvait être découvert au dernier moment, le jour même. Les véhicules pouvaient également changer régulièrement de secteur. Dans son expérience, les changements de département intervenaient environ tous les deux ou trois mois.

Des primes pour les nuits, les dimanches et les jours fériés

Le tableau n’est toutefois pas uniquement négatif. L’ancien conducteur évoque également les avantages financiers liés à cette activité. Selon lui, des primes étaient versées pour le travail de nuit, le dimanche et les jours fériés. En revanche, il précise qu’il n’existait pas de prime calculée en fonction du nombre de kilomètres parcourus ou encore des primes sur objectif. Selon son témoignage, il bénéficiait également d’un panier-repas de 20 euros par journée travaillée. Sur une base de 20 jours travaillés, cela représentait 400 euros de panier-repas. Avec les primes, il estime avoir perçu environ 2 000 euros nets par mois.

Une rémunération qu’il juge intéressante, mais qui, selon lui, ne suffisait pas à rendre les contraintes du métier acceptables sur la durée.

« Pas de vie »

Lorsqu’il évoque les conséquences de cette organisation sur sa vie personnelle, l’ancien conducteur résume son expérience en trois mots :

« Pas de vie. »

Des horaires variables, des nuits, des dimanches et des jours fériés, auxquels s’ajoutait un planning communiqué relativement tard : pour lui, l’ensemble finissait par peser lourd. Il décrit ainsi cette activité comme « un métier non pérenne ».

Après plusieurs mois au volant d’une voiture-radar, son expérience s’est finalement arrêtée.

Derrière la voiture-radar, un conducteur

Son témoignage rappelle une réalité que les automobilistes ne voient pas forcément lorsqu’ils croisent l’un de ces véhicules. Derrière le dispositif embarqué et la technologie de contrôle, il y a un conducteur, parfois amené à travailler plusieurs heures sur la route et à des horaires atypiques.

Ce témoignage ne permet évidemment pas de généraliser les conditions décrites à l’ensemble des conducteurs de voitures-radars ou à toutes les entreprises qui les emploient. Il s’agit de l’expérience personnelle d’un ancien conducteur, qui a souhaité conserver l’anonymat. Mais derrière ces véhicules que les automobilistes croisent quotidiennement se trouvent des hommes et des femmes qui passent de longues heures sur les routes, avec des horaires parfois atypiques et une organisation à laquelle ils doivent s’adapter. Une réalité souvent invisible pour les usagers, mais qui peut profondément peser sur la vie personnelle de ceux qui exercent ce métier.